IPE : enduit chaux

Episode 4 sur 6 de la saison IPE liège, enduit chaux

Essais, erreurs, apprentissage… du dosage au geste en passant par la façon d’optimiser le mélange ou le timing, cette façade m’aura appris bien des choses !

Premier essai vendredi 18 juin

Après bien des recherches je me décide pour ce mélange :

  • 10 unités1 de sable 0/4,
  • 2 unités de chaux NHL3,5,
  • 2 unités de chaux CL90,
  • 3 unités d’eau,

Je mélange tout ça dans la brouette et j’applique. Bilan :

  • le mélange remplit 3 seaux de maçon (normal, 5 unités = un seau de maçon)
  • je fatigue au bout de 2 (dommage)
  • ça colle pas très bien
  • j’ai oublié le grillage

2e essai, tamisage, grillage…

5 unités de sable 0/2 (tamisé au tamis), 1 CL, 1 NHL, 1 1/2 eau, et on essaye de pas oublier le grillage…

En fait c’est une catastrophe le grillage, il ne veut pas tenir et fait tomber la chaux. J’ai donc décidé de m’en passer. Un peu groumpf vu ce qu’il m’a couté, mais tant pis. Le mélange 5+1+1 est impec, ça remplit deux seaux qui restent transportables et j’ai le temps de finir le mélange avec qu’il soit trop sec, ou que moi je sois trop fatiguée.

Je ne sais pas si le sable tamisé tient mieux, mais le tamisage permet quand même d’enlever pas mal de merdouilles.  Par contre c’est long… Je tente un mélange moitié tamisé moitié pas, et comme ca marche aussi bien, c’est adopté…

Par contre il ne faut pas hésiter à mettre un peu plus d’eau, et à ne placer que des petites quantités à la fois (je commence à acquérir le geste). Forcément, l’épaisseur d’1cm n’y est pas, et le fini non plus. Revenir le lendemain avec une seconde couche bien tamisée permet de travailler le fini. Je commence à envisager de faire une première couche moitié tamisé moitié pas appliquée brutalement, et seconde couche tamisée et appliquée avec amour le lendemain. Un peu galère…

LA technique

Finalement, c’est au bout de trois jours et un peu par hasard que je trouve la technique idéale :

  1. mélange à sec dans la brouette,
  2. verser une unité d’eau dans 1 seau de maçon,
  3. et ajouter du mélange jusqu’à la bonne consistance. Cela permet de travailler par petites séquences, un seau à la fois. La consistance de l’enduit est forcément un peu trop liquide, je rajoute donc du mélange au fur et à mesure du travail (donc je monte avec le seau de maçon, et un petit seau de mélange).
  4. Appliquer des petits galettes d’enduit à la main en les plaquant-lissant,
  5. puis quand j’ai une surface conséquente, lisser le tout à la truelle triangulaire.

Cette application permet de faire les endroits difficilement accessibles (sous la pente pente du toit) avec le minimum de pertes, et il y a globalement assez peu de pertes (bouts d’enduits qui tombent), contrairement à la technique à la taloche. L’enduit étant assez humide, on réussit un fini bien lisse en une seule passe. J’i découvert par hasard les qualités de cette truelle triangulaire, achetée un peu par hasard sur une brocante, et qui fait un fini impeccable : la grosse truelle se retrouve avec la tâche ingrate (mais indispensable) de remuer le mélange, sec ou mouillé.

Les raccords sont aussi facilités car au passage suivant (s’il se fait dans l’heure…) c’est encore assez humide. Pour les raccords avec une couche sèche il faut bien bien imbiber, faire la surface à 5cm du bord, puis au dernier moment la jonction, juste avant de lisser. Ainsi bien que la chaux boive beaucoup plus que le liège on a un résultat homogène. Pour cacher le raccord il faut revenir dessus à différentes étapes du séchage, et parfois pulvériser de l’eau dessus puis lisser. Le seul problème c’est qu’on a souvent des micro-fissures à cette jonction.

Le seau plein, je le monte tranquillement  grâce à une des cordes qu’on avait récupérées, l’une des barres de l’échaffaudage me servant de « poulie ».

Fé chô !

Le problème restera la chaleur et le soleil : une semaine de température 35, et des impératifs de calendrier (il faut dégager les lieux début juillet pour le ravalement du voisin) font que j’enduis malgré ce temps déconseillé : non seulement je ne peux bosser que le matin tôt ou le soir tard, mais malgré des aspersions régulières entretemps, y’a plein de fissures.

La partie près du perron posera un problème inattendu : l’échafaudage ,qui passait tout juste avec le liège, ne passe plus avec l’enduit. Tant pis, on force, les papillons font des tranchées dans l’enduit, je reboucherai après. On n’arrive pas jusqu’au bout néanmoins : comme je ne peux enduire que devant moi, pas de côté, le coin est fait debout sur le muret, sans filet…

La fin !

Petit à petit j’en vois le bout. Je travaille en priorité le haut, afin de pouvoir dégager l’échafaudage au plus vite. Je me paye le luxe de faire le coin, je finis par avoir la technique…

Puis je démonte le haut de l’échafaudage, et après avoir bouché les derniers trous je repasse avec un mélange 100% tamisé sur les parties que j’ai fait en premier, afin de les lisser, parce qu’à certains endroits c’est assez catastrophique.

La technique est différente : mélange très humide, on applique d’une main et on lisse immédiatement à la truelle. En effet la chaux, même aspergée au seau (le pulvérisateur est mort), boit l’eau à toute vitesse et si on attend plus de trois secondes on ne peut plus lisser le mélange…

Bilan

Un petit bilan chiffré de cet atelier, fini donc officiellement mardi 8 à 13h (démontage complet de l’échafaudage et nettoyage du perron) : pour isoler totalement cette façade (23m2), il aura fallu :

  • 24m2 de liège 50mm : 360 euros
  • deux boites de vis et deux sacs de chevilles : à la louche je dirais 30 euros
  • 30m2 de grillage, pas utilisé : 70 euros
  • 20kg de chaux aérienne et 30kg de chaux NHL (elle est plus lourde) : 9,80 euros, et la NHL c’est un reste du sous-sol (environ 15 euros le sac je crois)
  • une certaine quantité de sable… gratos car récupéré (avec remorque prêtée), tamisé (tamis trouvé aux encombrants)
  • un échaffaudage de 6m de haut 165 euros, un pulvérisateur (j’ai tué le nôtre…) 30 euros
  • une bombe de mousse expansive (il en aurait fallu deux) 10 euros et des bandes de mousse (recup poubelle)
  • 2 seaux de maçon à 1 euro, des p’tits seaux récupérés, des truelles,
  • des lunettes de protection, deux masques et deux boites de gants latex
  • Total : à la louche, 700 euros.

A ce propos, un conseil pour les gants, si on ne veut pas bouffer toute la boite en deux jours : ne pas hésiter à mettre deux voire trois gants à chaque main. Du moment que celui sur la peau est intact, ceux au-dessus peuvent être troués, ils servent à protéger le gant du dessous. Sans cette technique on passe son temps à trouer les gants et donc en changer… Cette technique permet également de s’accommoder de gants « de seconde main » : gants d’examen médical, de station service…

Côté temps passé, j’aurai mis un mois pour le liège, dont environ deux semaines à le poser et le reste à attendre qu’il arrête de pleuvoir… Et trois semaines pour l’enduit, à un petit rythme très tranquille, 2 m2/jour environ, sachant qu’un jour c’est… 4 heures à enduire, max. Ca peut sembler pas rapide comme rendement, mais quand on est tout seul à tamiser, doser, mélanger, pulvériser, monter le matos, appliquer (ha, quand même), redescendre, déplacer l’échafaudage ou faire un montage à peu près stable avec des escabeaux et des planches, réparer le pulvérisateur qui marche plus,… ben plus vite c’est pas possible parce que déjà là j’étais crevée, j’avais tout le temps faim, mal aux bras, aux mains, aux jambes… (et la tête, alouette, à force de la cogner dans les chevrons de toiture…). Et je ne parle même pas des températures… Bon, en même temps j’ai pas fait que ça, hein, pis j’avais pas le droit d’enduire le WE, interdit par le chef.

Bilan : quand je ferai les murs du jardin, il faudra une meilleure préparation : préparer de grosses quantités de sable tamisé à l’avance, et pour le mélange soit un esclave-préparateur, soit faire le mélange à la bétonnière, afin que l’effort se concentre sur une application au long cours, avec le moins de raccords possible. Et (surtout, surtout) pas faire ça en période chaude…

EpisodesIPE liège-chaux : fin du liègeUn temps à enduit chaux
  1. L’unité c’est un petit seau de plage pour enfant… []

4 commentaires pour “IPE : enduit chaux”

  1. lechanoine dit :

    Bonjour,
    J’ai isolé ma toiture avec des plaques de liége (2*60mm) que j’ai visser dans la charpente par l’intérieur.
    je ne sais pas comment recouvrir mes plaques qui sont actuellement à l’état brut.
    Dois-je faire un gobetis ?
    Comment cacher les vis pour ne pas faire des traces de rouille avec la chaux ?
    mettre un treills en toile de joute ou verre et comment le fixer ?
    Comment appliquer un enduit chaux sur mes plaques de liéges en finition …
    Merci de vos conseils si possible.
    SLTS
    Jean-Michel Lechanoine

  2. Leo dit :

    Bonjour Jean-Mi,
    Je pense que les réponses se trouvent toutes dans l’article suivant, intitulé « les références » : un enduit d’1cm suffit, sans gobetis.
    Pour les vis et la toile, vous avez vu que je n’ai pas la réponse ;o)
    Bon courage !

    Leo

  3. Timar dit :

    Bonjour,
    je vais me lancer dans une iso exterieure dans 2 mois.
    Vous avez realise la votre l’ annee derniere, il me semble. Quels ont ete les impacts sur la consommation d’ energie pour le chauffage, et les eventuels problemes de mur froid / condensation, a la fin de cet hivers? L’ iso exterieure, est ce quelque chose a recommander?

    Felicitation pour votre travail.
    Merci.

  4. Leo dit :

    L’isolation, et particulièrement extérieure, est toujours à recommander, pour des tas de raisons. En ce qui nous concerne, il est impossible de faire un avant/après : d’abord parce que l’après, on n’y est pas encore. On n’a isolé qu’une façade par l’extérieur, le reste est fait par l’intérieur, par petits bouts (façade incomplète, un étage mais pas l’autre, seulement trois fenêtres sur trois sont passées en double vitrage, l’isolation du toit est loin d’être finie etc). Ensuite parce que les comparaisons d’une année sur l’autre sont aléatoires : deux hivers rigoureux, un nombre de radiateurs qui fluctue au rythme des travaux, une cuisinière qui est passée de l’électricité au gaz (ce qui fausse la conso, qui n’est plus réservée au chauffage et à l’eau chaude)… Ce qui est sûr, c’est que grâce aux augmentations des tarifs du gaz on ne verra pas l’addition baisser, au mieux elle restera constante…

    On n’a jamais eu de condensation (la brique, ça respire, apparemment).

    On sent par exemple le froid qui vient du sol dans notre cuisine en carrelage sur dalle sur garage non chauffé. Il faudra isoler la sous-face de cette dalle (le plafond du garage, quoi) pour éviter cette sensation.