Chaperon Rouge traversait chaque jour la grande forêt épaisse pour aller retrouver sa grand’mère qui était très vieille et qui avait besoin d’amour et de compagnie.
Au retour, la petite se laissait régulièrement tomber au pied d’un vieux chêne pour se reposer des fatigues de la route. A force de s’arrêter au même endroit, il lui semblait que le chêne avait un language spécial, fait de craquements et de murmures de branches.
Après un certain temps, elle comprit qu’il parlait avec son compagnon, le marronnier.
Après plusieurs jours, elle finit par comprendre la conversation des vieux troncs d’arbres. Un jour, elle distingua parfaitement les phrases qu’ils s’échangeaient.
- Quel malheur ! se lamentait le vieux chêne. Je souffre de la racine à la cime, pauvre de moi…
- Attention, tu te plains toujours ! répondit le marronnier. Tu te lamentes sans arrêt.
- C’est que je suis très vieux et que je pressens les changements de temps dans toutes mes fibres. Et je te dis qu’il va y avoir une tempête comme on n’en a jamais connu dans la région.
Le vent renversera les arbres et si, toi et moi restons debout, ce sera grâce à nos troncs robustes et à nos profondes racines.
Quant à nos branches, je ne pressens rien de bon. De toutes façons les hommes souffriront encore plus que nous ?
- Le vent emportera les toits mal accrochés, il renversera les charrettes sur les routes et dispersera les troupeaux. Pendant deux jours, ils ne pourront pas sortir de leurs maisons.
Chaperon Rouge, certaine que le chêne ne pouvait se tromper, courut au village et alerta ses voisins. Elle annonça partout ce qui allait arriver et tous se préparèrent à conduire leurs moutons, leurs vaches et leurs ânes dans leurs enclos. Ils fixèrent les tuiles branlantes avec de lourdes pierres. A peine eurent-ils le temps de se mettre à l’abri dans leurs maisons, qu’une tempête comme on n’en avait jamais connu se déchaîna. Si l’on n’avait pas été prévenu, les dégâts auraient été énormes.
A partir de ce jour, chaque fois que la filllette traversait le bois, elle envoyait un baiser au chêne et au marronnier. Et les deux arbres la saluaient gaiement en agitant leurs branches.